Après tout … Bravo et merci Monsieur Accoyer !

Pour mémoire, rappelons que Monsieur Bernard Accoyer, alors simple député, avait fait voter à l’unanimité de l’Assemblée nationale, le 8 octobre 2003, un amendement qui octroyait le Titre de psychothérapeute aux seuls psychiatres et psychologues. M’en étant offusqué et considérant qu’il s’agissait d’une véritable OPA sur ce Titre, j’avais alors alerté la profession des psychothérapeutes avec une opération que nous avions baptisée : « Touche pas à mon psy ! ». Elle avait eu un succès certain avec pour principal effet, non seulement de rallier à notre cause les psychanalystes, mais aussi de faire retoquer cet amendement par le Sénat, pour en arriver après une longue navette parlementaire à ce que l’on a appelé l’Amendement 52. Cet Amendement étendait en théorie l’usage du Titre de psychothérapeute de droit aux psychanalystes et, sous conditions, aux psychothérapeutes que Monsieur Accoyer considérait alors comme auto-proclamés.

Comme nous avions été suffisamment avisés pour faire pression sur le législateur afin que ce texte soit appliqué par un Décret en Conseil d’état, son application fut alors impossible en l’état. Cela demanda plus de six ans de négociations et un nouveau passage devant le parlement en 2009, notamment grâce à la pugnacité de Monsieur Accoyer devenu entre temps Président de l’Assemblée nationale. Le parlement par quelques alinéas de plus en fit un nouveau texte que j’avais appelé l’Article 52-91 lequel fut enfin mis en application par des Décrets en Conseil d’état en 2010  et par décret simple en 2012.

Au final, quelle est la réalité de l’application sur le terrain de cette législation sur le Titre de psychothérapeute en France ? Et bien c’est triste à dire, on est quasiment revenu à l’Amendement Accoyer du début. C’est à cet endroit que je dis, non sans amertume : « Bravo Monsieur Accoyer ! ».

La petite Histoire lui a finalement donné raison, mais pour autant la grande Histoire de la psychothérapie si elle a perdu la bataille du Titre, a gagné celle du débat théorique sur la psychopathologie qui sous-tend ce Titre. Mais concrètement qu’est devenu le paysage psy, depuis les derniers décrets et qu’est devenu le débat théorique entre psys ?

Avant l’Amendement Accoyer, le paysage français psy était simple et carré, il y avait quatre professions : les psychiatres, les psychologues, les psychanalystes, et les psychothérapeutes. Depuis la loi sur le Titre, ceux qui l’ont de droit, ce sont les psychiatres et les psychologues cliniciens qui en font la demande à l’ARS. Les autres psys, c’est-à-dire les psychanalystes et les psychothérapeutes auto-proclamés devront en passer par des formations en psychopathologie dans des organismes agréés et des stages cliniques.

Dès lors, de fait, les psychanalystes qui n’ont jamais vraiment eu besoin de ce Titre pour exercer, continuent et continueront sans doute comme par le passé. En revanche le paysage psy, qui bien que carré, n’était pas clair pour les patients, se complexifie plus encore car tels des arroseurs arrosés, les psychothérapeutes auto-proclamés, persistent dans leur combat en revendiquant à nouveau qu’ils sont les seuls et véritables psychothérapeutes, compte tenu de leur formation spécifique en psychothérapie, et d’un travail d’analyse indispensable selon eux pour pratiquer la psychothérapie. Considérant par ailleurs que le législateur leur a volé leur Titre, la plus part d’entre eux, sous l’emprise de leur fédérations se sont à nouveau auto-proclamés avec une appellation non contrôlée : psychopraticiens. Ils espèrent exister dans le paysage grâce à leur pratique et au soutien de leurs organisations professionnelles.

Cela fait plus de vingt ans que je dis et redis à ces collègues que cette stratégie de rejet de l’autre ne paiera jamais, et que cela ne peut que provoquer une mise au ban de la société. La Mivillude a confirmé cette vision, en soulignant dans son dernier rapport que certains charlatans qui sévissent dans le domaine de la psychothérapie s’inventaient des titres, ou prenaient celui de psychopraticiens.

Personne n’est dupe que si certains honorables collègues se fourvoient dans cette voie, sous l’influence de leurs élus associatifs ou de leurs fédérations qui ont des intérêts mal compris dans des analyses ou des organismes de formation en psychothérapie non agréés, qui ne survivent que par cette clientèle. Or, si ces psychopraticiens encore trop nombreux ne deviennent pas massivement des psychothérapeutes en Titre, le législateur risque à nouveau de s’immiscer dans le paysage psy, pour cette fois légiférer sur l’exercice de la psychothérapie, qui n’est pour l’instant pas encore visé.

C’est pourquoi, par une Association que nous avons intitulée Comité fédérateur des psychothérapeutes (C.F.D.P.), nous cherchons à regrouper non seulement ceux qui ont eu le Titre mais aussi tous les autres praticiens de la psychothérapie qui veulent avoir le titre en acceptant les règles imposées par la loi. Ainsi, pour être plus précis, nous souhaitons regrouper au sein du C.F.D.P. :

  • d’une part, les praticiens de la psychothérapie qui ont le Titre en étant soit psychiatres, soit psychologues ou bien encore les médecins et les psychothérapeutes ayant bénéficié de la « clause du grand-père » octroyée par les commissions de l’ARS,

  • et d’autre part tous ceux,  psychanalystes ou autres que nous aiderons à obtenir le Titre, en respectant les conditions de la loi.

 

Pour faire court :
que vous soyez titré ou en demande du Titre, vous serez donc les bienvenus au C.F.D.P.

 

Par ailleurs, le C.F.D.P. a aussi pour vocation de poursuivre voire de redynamiser le débat sur la psychopathologie. Car, comme je le suggérais plus haut, s’il y eu, au terme des discussions et négociations, un grand bénéfice pour l’exercice de la psychothérapie en général, c’est celui du formidable débat sur la psychothérapie depuis trop longtemps disqualifiée par la psychiatrie puis par la psychanalyse, et tiraillée par ses multiples courants théoriques ou pseudo-théoriques.

Le législateur, semble-t-il sans le savoir, en conditionnant le Titre à la psychopathologie, a relancé la réflexion sur ce qui rassemble les psychothérapeutes plutôt que sur ce qui les divise. Ainsi, on ne trouve plus que très rarement les critiques et les disqualifications d’antan sur la psychothérapie. C’est déjà un progrès notable qui pose celle-ci dans la noblesse de sa pratique. Il reste que l’on est loin d’une psychopathologie générale rêvée par Karl Jaspers. Pour autant les points théoriques semblent se rapprocher et des théories encore très dogmatiques commencent à se remettre en question. C’est une tendance très encourageante que l’on voudrait soutenir simplement, notamment lors de notre premier Colloque de consensus sur la psychopathologie qui se tiendra au Fiap de Paris le 21 septembre 2013. Comme précédemment je renouvelle mon appel : que vous soyez titré ou en demande du Titre vous serez les bienvenus lors de ce Colloque.

Obstinément, vous l’aurez compris, je n’ai jamais cessé de faire avancer la cause de la psychothérapie, l’usage du Titre fut une première étape, il faut maintenant avancer sur la théorie, laquelle oriente toujours la pratique. Il faut le faire avec sérieux avant que le législateur s’y ingère et perturbe cette réflexion.

En tant que Président du C.F.D.P., je vous invite chaleureusement, à nous rejoindre, pour que l’authentique profession de psychothérapeute soit en tant que telle respectée, renforcée, confirmée dans sa raison d’être et que sa pratique soit régulièrement optimisée et enrichie par notre réflexion collective.

Bien à vous,

Bruno DAL PALU – Président du C.F.D.P.

 

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